Les risques des ETF : ce que votre banquier ne vous dit pas

Les ETF sont simples et peu chers, mais pas sans risque : concentration sur quelques géants, corrélations en cas de crise, ETF à levier et produits complexes. Les vrais risques des ETF et 5 règles pour s’en protéger.

Sommaire

Un ETF n’est pas un placement sans risque. Les ETF classiques, qui répliquent un grand indice avec des frais faibles, restent d’excellents outils. Mais ils comportent trois risques que l’on présente rarement : une diversification moins large qu’il n’y paraît, des actions qui chutent toutes ensemble en cas de crise, et la multiplication de produits complexes vendus sous l’étiquette rassurante « ETF ».

Voici comment les repérer, et comment s’en protéger sans renoncer aux ETF.

Rappel : ce qu’est un ETF

Un ETF (exchange traded fund, ou fonds indiciel coté) est un panier de titres que l’on achète en une seule transaction. Au lieu de passer 500 ordres pour détenir les entreprises du S&P 500, on achète une part d’un fonds qui les détient toutes.

Sa force vient de la gestion passive : pas de gérant qui choisit les titres, seulement un mécanisme qui réplique un indice. Les frais sont donc très bas, souvent entre 0,05 % et 0,30 % par an. Et comme la plupart des fonds gérés activement font moins bien que leur indice sur longue période, les ETF ont gagné la confiance des épargnants, en France comme ailleurs.

Il existe deux façons de répliquer un indice :

RéplicationFonctionnementÀ savoir
PhysiqueL’ETF détient réellement les actions de l’indicePlus transparente
SynthétiqueL’ETF détient d’autres titres et reçoit la performance de l’indice grâce à un contrat d’échange (swap) avec une banqueC’est elle qui permet d’avoir des actions américaines ou asiatiques dans un PEA

Ni l’une ni l’autre n’est dangereuse en soi, mais il faut savoir ce que l’on détient. Notre méthode pour analyser un ETF détaille ces points.

Risque n°1 : une diversification en trompe-l’œil

Acheter un ETF S&P 500, c’est acheter 500 entreprises. Sur le papier, la diversification est impressionnante. Mais l’indice est pondéré par la capitalisation : plus une entreprise est grosse en bourse, plus elle pèse lourd.

  • Les sept géants de la tech américaine (Apple, Microsoft, Nvidia, Alphabet, Amazon, Meta, Tesla) représentent à eux seuls environ un tiers de l’indice.
  • Les 50 premières entreprises en représentent plus de la moitié.
  • Un ETF MSCI World, présenté comme « mondial », est investi à environ 70 % aux États-Unis.

Ce niveau de concentration a un précédent. En 2000, au sommet de la bulle internet, la tech pesait environ un tiers du S&P 500. Le Nasdaq a ensuite perdu près de 80 % entre 2000 et 2002, et ceux qui pensaient être diversifiés parce qu’ils détenaient « tout le marché » ont vu leur épargne fondre.

Autre piège : détenir plusieurs ETF qui semblent différents, mais dont les principales lignes sont les mêmes. Deux ETF « monde » et « tech » peuvent avoir une grande partie de leur portefeuille en commun.

Risque n°2 : tout baisse en même temps

La diversification ne protège que si les actifs ne baissent pas tous au même moment. Or les ETF achètent et vendent ensemble toutes les actions d’un indice. Des chercheurs (Ben-David, Franzoni et Moussawi, Journal of Finance, 2018) ont montré que les actions très détenues par des ETF sont plus volatiles que les autres, et que leurs cours évoluent davantage ensemble.

Conséquence : lors d’une panique, quand les investisseurs vendent leurs ETF, ce sont toutes les actions de l’indice qui sont vendues en même temps. La diversification disparaît précisément au moment où l’on en a le plus besoin.

Les ETF ont aussi un effet sur les prix eux-mêmes. Une action qui entre dans un grand indice bénéficie d’achats automatiques, indépendamment de ses résultats ; une action qui en sort subit des ventes forcées. Pour l’investisseur attentif, c’est une source d’opportunités : une bonne entreprise peut baisser simplement parce qu’elle a quitté un indice.

Le débat lancé par Michael Burry

En 2019, Michael Burry, l’investisseur rendu célèbre par le film The Big Short pour avoir anticipé la crise de 2008, a comparé les ETF aux produits financiers toxiques de 2007. Son argument : si tout le monde achète l’indice sans analyser les entreprises, plus personne ne vérifie que les prix reflètent la valeur réelle.

Ce paradoxe est réel, et il avait été décrit dès 1980 par les économistes Grossman et Stiglitz : la gestion passive fonctionne parce que d’autres investisseurs font le travail d’analyse. Si plus personne ne le fait, les prix se déconnectent des fondamentaux.

Mais Burry exagère sur un point : il reste un gérant actif, dont le métier dépend de l’intérêt de la sélection de titres. Et l’essentiel des échanges d’ETF se fait entre investisseurs, sans toucher aux actions sous-jacentes. Ce sont toujours les investisseurs actifs qui fixent la majorité des prix au quotidien. Le vrai risque n’est pas là.

J’ai détaillé ce débat, et ce que j’en retiens, dans cette vidéo :

Une crise ETF impossible à éviter ?

Risque n°3 : les ETF qui n’en ont que le nom

L’image rassurante des ETF a été construite par des fonds simples, passifs et bon marché. Elle sert aujourd’hui à vendre des produits très différents :

  • les ETF actifs, où un gérant choisit les titres, avec les coûts et les risques de la gestion active ;
  • les ETF à effet de levier, qui amplifient chaque mouvement de 2 ou 3 fois, à la hausse comme à la baisse ;
  • les ETF « short », qui gagnent quand le marché baisse ;
  • les ETF de niche ou combinant actions, options et produits dérivés.

Aux États-Unis, les lancements d’ETF actifs dépassent désormais ceux d’ETF passifs, et il existe à peu près autant d’ETF que d’actions cotées. Les ETF à levier ont un défaut méconnu : comme ils se rééquilibrent chaque jour, ils perdent de la valeur dans un marché qui fait du yoyo, même si l’indice termine à son point de départ. Ce ne sont pas des produits pour un investisseur de long terme.

En cas de choc, ces produits peuvent amplifier les baisses : les ETF à levier doivent vendre quand le marché chute, ce qui accentue la chute. Ce n’est pas une prédiction de crise, mais c’est un mécanisme à connaître.

Comment se protéger : 5 règles

  1. Regardez ce que vous détenez. Ouvrez la fiche de votre ETF et lisez ses 10 premières lignes. Si vous en avez plusieurs, comparez-les pour repérer les doublons.
  2. Fuyez la complexité. Privilégiez des ETF qui ont au moins 5 ans d’historique et plusieurs centaines de millions d’euros d’encours. Si le nom contient « levier », « short », « daily » ou « actif », et que vous ne comprenez pas exactement le mécanisme, abstenez-vous.
  3. Diversifiez vraiment. Un ETF monde est surtout un ETF américain. Compléter avec l’Europe, les pays émergents ou les petites capitalisations réduit la dépendance à quelques géants. Voir notre guide de la diversification.
  4. Complétez avec l’analyse fondamentale. Les flux des ETF ignorent les entreprises hors des grands indices. Les petites capitalisations bien gérées et peu suivies sont souvent celles où l’on trouve les meilleures décotes.
  5. Préparez-vous à la baisse. Le plus grand risque, c’est de vendre en panique. Avant d’investir, fixez votre horizon et la baisse que vous êtes prêt à supporter. Notre article sur investir pendant un krach explique comment s’y préparer.

En résumé

  • Les ETF passifs sur de grands indices, peu chers, restent d’excellents outils.
  • Leur diversification est plus concentrée qu’elle n’en a l’air, surtout sur la tech américaine.
  • En cas de panique, les actions détenues par les ETF ont tendance à chuter ensemble.
  • Le vrai danger vient des produits complexes vendus sous l’étiquette ETF : levier, short, gestion active.
  • Savoir ce que l’on détient et compléter par une sélection d’actions rigoureuse est la meilleure protection.

Cet article est une analyse pédagogique, pas un conseil en investissement.