Le F-Score de Piotroski : 9 questions pour trier les actions décotées

Le F-Score de Piotroski note la solidité d’une entreprise sur 9 points avec des critères simples. Le détail des 9 questions, comment interpréter le score et ses trois limites.

Sommaire

Le F-Score de Piotroski est une note de 0 à 9 qui mesure si la santé financière d’une entreprise s’améliore. Il repose sur neuf questions fermées, tirées des comptes annuels : chaque réponse positive vaut 1 point. Un score de 8 ou 9 signale une entreprise dont les fondamentaux se renforcent ; un score de 0 à 2, une entreprise qui se dégrade.

Il a été conçu pour une tâche précise : parmi les actions qui paraissent bon marché, séparer celles qui vont se redresser de celles qui sont des pièges.

D’où vient le F-Score

En 2000, Joseph Piotroski, professeur de comptabilité alors à l’université de Chicago, publie une étude au titre explicite : Value Investing: The Use of Historical Financial Statement Information to Separate Winners from Losers.

Son point de départ : les actions au price to book faible (cotées près de leur valeur comptable) battent le marché en moyenne, mais beaucoup d’entre elles sont des entreprises en difficulté qui ne se relèveront jamais. Les analystes les suivent peu. Piotroski cherche donc une méthode simple pour repérer, dans ce lot délaissé, celles qui vont mieux.

Sa réponse : ne pas construire un modèle complexe, mais vérifier les « signes vitaux » de l’entreprise, comme un médecin prend le pouls et la tension avant toute analyse poussée. Sur la période étudiée (1976-1996), sélectionner les actions décotées ayant un score élevé améliorait leur rendement d’environ 7,5 points par an par rapport à l’ensemble des actions décotées. Une stratégie achetant les meilleurs scores et vendant à découvert les plus mauvais dégageait environ 23 % par an.

Les 9 critères du F-Score

Chaque critère compare l’exercice écoulé au précédent. Il vaut 1 si la réponse est oui, 0 sinon.

Bloc 1 : la rentabilité (4 points)

  1. L’entreprise est-elle rentable ? Le résultat net (ou le ROA, résultat net ÷ total de l’actif) est positif.
  2. Génère-t-elle du cash ? Le flux de trésorerie d’exploitation est positif.
  3. Sa rentabilité progresse-t-elle ? Le ROA est plus élevé que l’année précédente : l’entreprise fait plus avec les mêmes actifs.
  4. Ses bénéfices sont-ils de qualité ? Le flux de trésorerie d’exploitation dépasse le résultat net.

Le quatrième critère est le plus révélateur. Un restaurant qui annonce 50 000 € de bénéfice mais n’en a encaissé que 20 000 € doit éveiller des soupçons. Quand le cash dépasse le bénéfice, les profits sont réels et non le fruit d’écritures comptables.

Bloc 2 : la structure financière (3 points)

  1. La dette baisse-t-elle ? Le ratio dette à long terme ÷ total de l’actif diminue.
  2. La liquidité s’améliore-t-elle ? Le current ratio (actif courant ÷ passif courant) augmente.
  3. Les actionnaires sont-ils épargnés ? L’entreprise n’a pas émis de nouvelles actions dans l’année.

Le septième critère protège contre la dilution. Si vous détenez 10 % d’une pizzeria et que le gérant fait entrer autant de nouveaux associés qu’il y en avait, vous n’en détenez plus que 5 %. Une entreprise en difficulté qui émet des actions signale souvent qu’elle a besoin d’argent en urgence.

Bloc 3 : l’efficacité opérationnelle (2 points)

  1. La marge brute progresse-t-elle ? L’entreprise vend mieux ou achète moins cher.
  2. Les actifs tournent-ils plus vite ? La rotation de l’actif (chiffre d’affaires ÷ total de l’actif) augmente : plus de ventes avec les mêmes moyens.

Comment interpréter le score

ScoreLectureUsage
8 à 9Fondamentaux solides et en améliorationCandidats à analyser en priorité
5 à 7Situation moyenne ou mitigéeRegarder quels critères manquent et pourquoi
0 à 4Fondamentaux qui se dégradentÀ éviter, sauf thèse de redressement solide

Le F-Score est un filtre, pas une décision. Il permet de réduire une longue liste d’actions décotées aux quelques dizaines qui méritent une vraie analyse. Dans Value Investing Screener, il fait partie des scores disponibles dans les filtres avancés : on peut par exemple ne garder que les entreprises notées 8 ou 9, ou au contraire isoler celles entre 1 et 4 pour étudier des redressements.

Je montre cette recherche pas à pas, et l’histoire de la méthode, dans cette vidéo :

J’ai testé la formule secrète qui bat Wall Street depuis 40 ans

Les 3 limites à connaître

1. Le score bouge vite. Il compare deux exercices. Un 9 peut devenir un 5 l’année suivante si les marges ou la trésorerie se retournent. Il faut le recalculer à chaque publication annuelle.

2. Il discrimine mal les grandes entreprises en bonne santé. Conçu pour les sociétés décotées et souvent fragiles, il donne des scores élevés à la plupart des leaders rentables. Pour Apple ou Microsoft, il confirme que tout va bien sans dire si l’action est intéressante.

3. Il ignore le prix. C’est la limite principale. Une entreprise notée 9 peut être beaucoup trop chère. Acheter 30 000 € un coffre-fort qui contient 20 000 €, c’est perdre 10 000 €, aussi solide soit le coffre. Le F-Score doit donc toujours être combiné à des ratios de valorisation et à une estimation de la valeur intrinsèque.

En résumé

Le F-Score de Piotroski est un excellent premier tri pour un investisseur value : il écarte en quelques secondes les entreprises dont la rentabilité, la dette ou l’efficacité se dégradent. Utilisez-le pour choisir quoi analyser, jamais pour décider seul quoi acheter. Pour le compléter, le M-Score de Beneish aide à détecter, lui, les comptes trop beaux pour être vrais.