Ratios de valorisation : PER, PEG, EV/EBITDA, P/FCF et price to book expliqués

Une action à 10 € n’est pas forcément bon marché. PER, PEG, EV/EBITDA, price to free cash flow, price to book : ce que mesure chaque ratio de valorisation et comment l’interpréter.

Sommaire

Le cours d’une action ne dit pas si elle est chère. Une action à 300 € peut être une affaire, une action à 10 € une arnaque. Pour le savoir, on rapporte le prix à ce que l’entreprise produit : ses bénéfices, sa croissance, son cash ou son patrimoine. Ce sont les ratios de valorisation.

Cinq ratios suffisent pour l’essentiel. Chacun répond à une question différente, et aucun ne suffit seul.

RatioCalculLa question à laquelle il répond
PERCours ÷ bénéfice net par actionCombien je paie pour les bénéfices d’aujourd’hui ?
PEGPER ÷ croissance annuelle des bénéfices (en %)Combien je paie pour la croissance de demain ?
EV/EBITDAValeur d’entreprise ÷ EBITDACombien je paie pour la machine opérationnelle, dette comprise ?
P/FCFCapitalisation ÷ free cash flowCombien je paie pour le cash réellement encaissé ?
Price to bookCapitalisation ÷ capitaux propresCombien je paie par rapport à ce que l’entreprise possède ?

Le PER : le prix des bénéfices

Le PER (price earning ratio, ou ratio cours sur bénéfice) indique combien vous payez pour 1 € de bénéfice annuel. Avec un PER de 10, vous payez 10 € ; avec un PER de 20, vous payez 20 € pour le même euro de bénéfice.

Un PER élevé n’est pas forcément un mauvais signe : il reflète souvent une croissance attendue. Amazon a longtemps affiché un PER astronomique, et ceux qui ont acheté tôt n’ont pas été déçus, parce que les bénéfices sont arrivés plus tard, en masse.

À l’inverse, un PER de 5 n’est pas toujours une affaire. Si les bénéfices sont sur le point de disparaître, le PER bas annonce une coquille vide. Nous détaillons le calcul et ses pièges dans notre article sur le ratio cours bénéfice.

Le PEG : le PER corrigé de la croissance

Le PEG divise le PER par le taux de croissance annuel des bénéfices. Il répond à la limite du PER : deux entreprises au même PER ne se valent pas si l’une croît de 2 % par an et l’autre de 20 %.

La lecture est simple : un PEG inférieur à 1 signale une action peu chère au regard de sa croissance. Au-dessus de 1, vous payez peut-être trop pour ce que l’entreprise va réellement produire. C’est un ratio particulièrement utile pour les small caps en forte croissance, souvent ignorées par le marché. Sa limite : il repose sur une croissance estimée, donc incertaine.

EV/EBITDA : le ratio des professionnels

Le PER ne voit pas la dette. Or une entreprise peu chère mais surendettée peut être une très mauvaise affaire. La valeur d’entreprise (enterprise value, ou EV) corrige cela :

Valeur d’entreprise = Capitalisation boursière + Dette financière − Trésorerie

C’est ce que coûterait réellement le rachat de toute l’entreprise : ses actions, plus les dettes à reprendre, moins le cash récupéré. On la rapporte ensuite à l’EBITDA, le résultat d’exploitation avant intérêts, impôts et amortissements.

Imaginez que vous rachetiez un café. Vous regardez les murs, les machines et la dette à reprendre, mais surtout ce que le café rapporte chaque année grâce à son activité. L’EV/EBITDA est le prix payé pour chaque euro de cette performance brute.

C’est le ratio de référence en fusions-acquisitions, pour deux raisons :

  • il compare des entreprises quel que soit leur niveau d’endettement ;
  • il est moins sensible aux choix comptables que le PER, ce qui le rend précieux dans l’industrie, l’énergie ou les télécoms, où les amortissements lourds écrasent le bénéfice net.

Le price to free cash flow : le prix du cash réel

Le bénéfice comptable peut être gonflé ou réduit par les amortissements, les provisions ou la fiscalité. Le cash, lui, est ce qui arrive réellement sur le compte en banque. Le price to free cash flow (P/FCF) rapporte la capitalisation au free cash flow, le cash qui reste après les investissements nécessaires à l’activité.

Plus le P/FCF est bas, moins vous payez cher le cash produit. Certaines entreprises génèrent beaucoup plus de cash que leurs bénéfices ne le laissent croire : c’est souvent le cas dans les infrastructures ou l’énergie. Le free cash flow est aussi ce qui finance les dividendes et les rachats d’actions.

Le price to book : le prix du patrimoine

Le price to book compare la capitalisation à la valeur comptable des capitaux propres, c’est-à-dire ce qui resterait aux actionnaires si l’on vendait tous les actifs pour rembourser toutes les dettes.

Un price to book de 0,6 revient à acheter 180 000 € une maison estimée 300 000 € par un expert indépendant. Bonne affaire, à condition de vérifier qu’il n’y a pas de fuite dans le toit.

  • Sous 1, l’entreprise vaut en bourse moins que son actif net. C’est parfois une vraie opportunité, à condition de comprendre pourquoi.
  • Au-dessus de 1, c’est normal pour les entreprises dont la valeur tient dans l’immatériel. Apple, LVMH ou Hermès auront toujours un price to book élevé : leurs marques valent bien plus que leurs murs.

Le price to book est surtout pertinent pour les banques, les assurances, l’immobilier et l’industrie lourde, où les actifs sont tangibles et faciles à évaluer. Il est au cœur de la méthode de Benjamin Graham.

Comment les utiliser sans tomber dans le piège

Un ratio n’a de sens que dans un contexte. J’en donne plusieurs exemples dans la vidéo qui a servi de base à cet article :

Tuto bourse : les ratios de valorisation

Trois comparaisons à faire systématiquement :

  1. Avec le secteur. Une action à un PER de 10 paraît bon marché si son historique tourne autour de 15. Mais si ses concurrents se paient 6 ou 7, elle est chère. Un PER de 25 ne veut pas dire la même chose dans la santé et dans les matériaux de construction.
  2. Avec son propre historique. Un ratio nettement sous sa moyenne sur 10 ans mérite une explication.
  3. Entre les ratios. Un PER bas avec un P/FCF élevé signale des bénéfices qui ne se transforment pas en cash. Un PER bas avec un EV/EBITDA élevé signale une dette lourde.

Le piège classique s’appelle la value trap : une action qui paraît bradée parce que ses bénéfices s’effondrent, que son marché décline ou qu’elle perd en compétitivité. Le ratio bas n’est alors pas une affaire, mais un avertissement.

Les ratios ne donnent pas de réponse ; ils indiquent où creuser. Pour aller plus loin, notre guide sur le calcul de la valeur intrinsèque montre comment passer des multiples à une estimation du prix juste, et notre article sur la marge de sécurité explique quelle décote exiger avant d’acheter.