Combien d’actions détenir dans son portefeuille ?

10, 20 ou 50 lignes ? Ce que disent Warren Buffett et les études sur le nombre d’actions idéal en portefeuille, et 4 questions pour trouver le vôtre.

Sommaire

Il n’existe pas de nombre magique, mais un repère : entre 10 et 25 actions bien choisies, réparties sur des secteurs et des zones différentes, éliminent l’essentiel du risque propre à chaque entreprise. Au-delà, chaque ligne supplémentaire réduit très peu le risque, et votre capacité à suivre ce que vous détenez diminue vite.

Le bon chiffre dépend ensuite de quatre choses : votre capacité à analyser des entreprises, le risque de vos positions, le poids de votre capital par rapport à vos revenus et le temps dont vous disposez.

Ce que la diversification protège (et ce qu’elle ne protège pas)

Il faut distinguer deux risques.

  • Le risque spécifique touche une seule entreprise : une fraude, une erreur stratégique, un produit raté. La diversification le réduit fortement. Si l’une de vos 30 lignes fait faillite, vous perdez environ 3,3 % ; avec 20 lignes, 5 % ; avec une seule, tout.
  • Le risque de marché touche tout le monde à la fois : récession, guerre, pandémie, krach. Aucun nombre d’actions ne l’élimine. Quand la marée descend, tous les bateaux baissent, même les mieux construits.

Diversifier ne consiste pas à accumuler des lignes. Un investisseur qui détient 15 entreprises, toutes fabricantes de moteurs diesel, n’est pas diversifié : si l’électrique s’impose, tout son portefeuille s’effondre ensemble. Ce qui compte, c’est que les entreprises ne réagissent pas toutes aux mêmes événements. Notre article sur la diversification de portefeuille détaille cette notion.

Ce que fait Warren Buffett

Buffett est l’exemple le plus cité de l’investisseur concentré. À 11 ans, il place toutes ses économies, environ 115 $, dans trois actions d’une seule entreprise. Son mentor Benjamin Graham gérait un fonds de plus de 100 lignes ; Buffett, lui, construit dans ses partenariats un portefeuille resserré autour de cinq ou six convictions majeures.

Sa phrase la plus connue sur le sujet résume sa position : la diversification est une protection contre l’ignorance, et elle a peu de sens pour qui sait ce qu’il fait.

Aujourd’hui, le portefeuille de Berkshire Hathaway compte plusieurs dizaines de lignes, mais l’essentiel de sa valeur reste concentré sur une poignée d’entreprises. Apple en a représenté jusqu’à près de la moitié. Buffett explique cette évolution par la taille : avec des centaines de milliards à placer, Berkshire ne peut plus se concentrer sur de petites entreprises décotées. Un particulier, lui, en a encore la liberté. Notre article sur le portefeuille de Warren Buffett détaille ses principales positions.

Ce que disent les études

Robert Hagstrom, auteur de The Warren Buffett Way, a comparé des milliers de portefeuilles tirés au hasard, de 15, 50, 100 et 250 actions. Deux résultats :

  1. Le rendement moyen varie très peu selon le nombre de lignes.
  2. La dispersion des résultats change énormément. Avec 15 actions, certains portefeuilles font beaucoup mieux que le marché et d’autres beaucoup moins bien. Avec 250, tous ressemblent à l’indice.

Autrement dit, ajouter des lignes ne fait pas gagner plus en moyenne : cela rapproche votre résultat de celui du marché. Un portefeuille concentré offre une chance de faire nettement mieux, et un risque de faire nettement moins bien, avec des secousses plus fortes en chemin.

J’ai développé ces exemples, graphique de l’étude compris, dans cette vidéo :

Quel est le nombre idéal d’actions à posséder dans son portefeuille ?

4 questions pour trouver votre nombre

1. Savez-vous identifier les meilleures entreprises ?

Plus vous maîtrisez l’analyse d’entreprise (modèle économique, rentabilité, dette, valorisation), plus vous pouvez vous concentrer sur vos meilleures idées. Si vous débutez ou manquez de méthode, la diversification est votre filet de sécurité, et un socle d’ETF a du sens. Pour progresser, commencez par comment analyser une action.

2. Quel est le risque de vos positions ?

Toutes les actions ne se valent pas. Vingt entreprises de semi-conducteurs, c’est vingt fenêtres sur le même mur : la même tempête les brise toutes. Plus vos positions sont risquées (endettées, cycliques, jeunes), plus vous devez en multiplier le nombre et les secteurs.

3. Combien de temps vous faudrait-il pour reconstituer une perte ?

C’est le critère le plus souvent oublié.

SituationCapitalÉpargne mensuelleUne perte de 50 % représenteConcentration possible
Débutant à fort revenu2 000 €1 000 €1 mois d’épargneÉlevée : une erreur coûte peu et instruit
Patrimoine constitué400 000 €2 000 €Plus de 8 ans d’épargneFaible : chaque erreur coûte des années

Plus votre capital représente d’années d’effort, plus il faut le protéger. C’est encore plus vrai à l’approche de la retraite, après un héritage ou sans revenus professionnels.

4. Avez-vous le temps de suivre vos lignes ?

Détenir une action, c’est lire ses résultats, suivre sa dette, ses marges, son secteur. Avec 40 lignes, cela fait au moins 160 publications par an. À une heure chacune, c’est plus de trois semaines de travail à temps plein. Au-delà de ce que vous pouvez suivre, vous ne détenez plus des entreprises, vous collectionnez des noms. Mieux vaut 10 entreprises bien comprises que 30 survolées.

Trois configurations types

ProfilProposition
Débutant, peu de tempsUn ou deux ETF larges comme socle, quelques actions pour apprendre
Investisseur intermédiaireSocle d’ETF et un noyau de 10 à 15 actions dans des secteurs que vous comprenez
Investisseur expérimenté et disponible10 à 25 actions sélectionnées, réparties sur au moins 5 secteurs et plusieurs zones

Quel que soit le nombre choisi, une règle protège de la concentration involontaire : aucune ligne ne doit dépasser 25 à 30 % du portefeuille. Nous expliquons pourquoi dans quand vendre une action.